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La Patagonie, ce n'est pas un pays. Ce n’est pas, non plus, une région administrative. La Patagonie, c'est cette terre du bout du monde qui s'étend sur le cône sud de l'Amérique Latine et que se partagent le Chili et l'Argentine.
Bien qu'elle n'aie pas de limites officielles, on considère généralement qu'elle couvre les territoires compris entre le 42° parallèle sud (matérialisé par le Río Negro) et le Cap Horn.

 



Mouillage à l'Ile Navarino
(P. L' Obry)
 

La découverte de la Patagonie


La découverte de la Patagonie revient à Ferdinand Magella, parti le 20 septembre 1519, de San Lucar, près de Cadix. Le 21 octobre de l'année suivante, il embouque ce qui semble être une passe; lectures avisées, récits de marins, confidences de cosmographes, il semble que Magellan soupçonnait l'existence d'un tel passage. Il s'agit du Détroit de la Toussaint, aujourd'hui Détroit de Magellan, qui relie les océans Atlantique et Pacifique. A babord, sur la côte de la Terra Australis Incognita, s'élèvent de loin en loin des colonnes de fumées; cette terre sera la Tierra de Humos, rebaptisée Tierra del Fuego par Charles Quint lui-même.
Pendant plusieurs décennies, la route découverte par Magellan ne sera empruntée que par des corsaires, anglais pour la plupart. Ils écumaient la côte Pacifique jusqu'au Mexique, pillant de manière systématique les places et les galions espagnols. En 1578, au cours d'une de ces campagnes, le navire de Francis Drake est repoussé au delà du 56° parallèle sud par une de ces formidables tempêtes australes. Il est vraisemblablement le premier navigateur à avoir doublé l'actuel Cap Horn. La découverte de cette nouvelle route transocéanique, libre de l'emprise espagnole, sera tenue secrète par Elizabeth I d'Angleterre.

En 1616, Schouten s'attribue le mérite d'avoir découvert le promontoire rocailleux qui marque le passage de l’océan Atlantique à l’océan Pacifique, qu'il nommera Cap Hoorn, en hommage à la ville hollandaise où il vit le jour.

Espagne aura en vain tenté d'affirmer sa souveraineté sur le Détroit de Magellan. En 1580, le Capitaine Général Sarmiento de Gamboa prend la tête de la plus vaste entreprise de colonisation que la couronne aie jamais entreprise. Il s'agit d'implanter une colonie permanente aux endroits stratégiques du détroit; à l'entrée orientale sera érigé Nombre de Jesus et au carrefour du détroit, au sud de l'actuelle péninsule de Brunswick, sera construite Ciudad del rey Felipe. Disparus en mer, avant même d'avoir atteint le détroit, harcelés par les indiens, décimés par les mutineries, rongés par la famine et minés par un climat inhospitalier, les quelques milliers d'hommes et 25 navires de l'expédition finiront en peau de chagrin. Quelques temps plus tard, le corsaire anglais Thomas Cavendish relâche dans la baie de San Juán, face à ce qu'il reste de Ciudad del Rey Felipe. Le sinistre spectacle qui s'offre à ses yeux lui fera rebaptiser l'endroit Port Famine (Puerto del Hambre).


Les premiers habitants de Patagonie


Sur le territoire de l'actuelle Patagonie, les premières traces de peuplement humain remontent à environ 10000 ans. Suivant la piste du gibier, ou fuyant de potentiels ennemis, la migration des Hommes, commencée en Asie, s'est achevée aux confins de la Terre, aux alentours du Cap Horn.

Les kaweskars (ou alakalufes), nomades de la mer qui au gré des saisons se déplaçaient le long de la côte Pacifique, du Golfe de Penas aux rives du Détroit de Magellan. Ils se nourrissaient de cholgas (moules géantes), oiseaux, phoques et autres baleines échouées sur la grève. Seuls les travaux de Joseph Lemperaire et de son épouse nous permettent d'en savoir un peu plus sur ces marins d'un autre âge.
Les yamanas (ou yaghanes) qui, comme leurs voisins du nord ouest se déplaçaient sur l'eau, au sud de la Terre de Feu, jusqu'au Cap Horn, essaimant ça et là les conchales, restes des festins de cholgas et autres coquillages.

Enfin, les onas (ou selknam) et les tehuelches (ou aonikenk, ou...patagons). Les premiers nomadisaient la steppe fuégienne, les seconds la steppe méridionale de l'actuelle Argentine, chassant guanacos, ñandus et les "guanacos blancs" (moutons) importés par les européens.
 

Les Indiens Yagan
(G. Maurel)
Durant des millénaires, ces hommes du paléolithique auront survécu dans un environnement aussi rude que le climat, vêtus simplement de peaux de guanaco ou le corps enduit de graisse de phoque, armés de lances, d'arcs et de harpons. Un siècle de contacts suivis avec les Blancs suffira à anéantir des hommes, des cultures, des langues dont nous savons peu de choses. Le fossé qui séparait Darwin de cette "misérable race rabougrie [dont] le langage mérite à peine le nom de langage articulé" (selon ses propres termes) sera comblé par les cadavres des Indiens. Chasseurs de phoques (les loberos) ou de baleines (les balleneros), estancieros, chercheurs d'or, missionnaires et gouvernements sont responsables d'un génocide ignoré, car trop éloigné...


La Cordillère des Andes


Frontière naturelle (et souvent discutée) entre le Chili et l'Argentine, la Cordillère des Andes sépare la Patagonie en deux zones géographiquement très distinctes. Epine dorsale du sous-continent, elles s'étire jusqu'aux archipels fuégiens et plonge sous la Mer de Drake avant de resurgir sur la péninsule antarctique. A l'Ouest (côté chilien), prédomine la forêt australe, dense et soumise à un important régime de précipitations (jusqu'à 4000 mm/an), elle croît jusqu'aux abords des fjords de la côte déchiquetée du Pacifique, sur une bande de terre qui dépasse rarement les 100 km de large...A l'Est (côté argentin), la cordillère ayant barré l'accès aux trombes d'eau du Pacifique, prédomine une steppe semi-aride constituée en mesetas qui s'étendent jusqu'aux falaises desséchées de la côte Atlantique.

Secousses telluriques et périodes glaciaires ont donné aux Andes de Patagonie ce relief si particulier de pics et d'aiguilles rocheuses, dont les sommets dépassent rarement les 3000 mètres.

Des périodes glaciaires, il est resté deux gigantesques glaciers continentaux: le Hielo Norte (4500 km²) et le Hielo Sur (13500 km²), qui déroulent leurs tentacules gelés sur le versant oriental de la cordillière et jusque dans les fjords de la côte pacifique.