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Pendant l’hiver austral 2005, c’est à dire d’avril à décembre, un groupe de 8 personnes de l’expédition va séjourner en Péninsule Antarctique dans la zone où avait hiverné Jean-Baptiste Charcot il y a 100 ans.

Pourquoi un hivernage dans l’expédition PPA ?
Les raisons sont multiples.
Tout d’abord, d’un point de vue historique, nous souhaitons retrouver le rythme des expéditions de nos illustres prédécesseurs. Comme Charcot ou Gerlache, nous arriverons en Antarctique en été par la voie maritime. Ensuite, nous hivernerons dans une base scientifique existante, inutilisée pendant l'hiver, pour quitter le continent l’année suivante, toujours par la mer.
Par ailleurs, d’un point de vue scientifique, certains programmes de recherche polaire nécessitent des séries longues d’observations et de mesures, au minimum sur un cycle annuel complet ; seul un hivernage permet d’envisager de telles études.

Nuit arctique
(collection Northanger)
  Enfin, hiverner en Antarctique, c’est vivre à fond une histoire que l’on s’est bâtie, qui trouve peut-être ses racines dans un vieux rêve archaïque. C’est se retrouver soi-même dans sa relation avec une nature brutale quasi originelle et dans sa relation avec un petit groupe humain privilégié.
En régions polaires, le cycle de la Nature est unique et très fort. A l’approche de l’hiver, la Nature se met au ralenti, avec des sautes d’humeur (météo) imprévisibles. Avec le soleil, oublié sous l’horizon, la vie disparaît complètement en juin. Mousses et lichens s’endorment sous la neige omniprésente. Les animaux migrent vers l’océan, seul lieu de survie possible. Le continent se transforme en univers minéral où même l’élément liquide se fige. Le groupe humain qui s’acharne à y rester se retrouve sur Mars. Bien sûr, les moyens techniques
modernes de survie nous distancient de cet environnement extrême. On n’est plus au temps de Charcot.
En septembre, avec l’arrivée du printemps, la vie revient doucement, d’abord avec les premiers manchots et les phoques crabiers en éclaireurs, puis de plus en plus fort, pour exploser littéralement avec les naissances et les accouplements vers novembre/décembre. La Nature est alors dans l’urgence, chaque espèce devant assurer sa pérennité en quelques semaines.
Quand l’été est là, en janvier, les jeunes de quelques mois doivent déjà apprendre l’autonomie pour survivre à leur premier hiver qui menace. Ils partent courageusement en mer, accompagnés une fois ultime par des parents bienveillants.
Cette relation très forte au monde animal qui s’est grandement perdue dans nos sociétés technologiques, renvoie l’humain à ses origines profondes, éclaire différemment les questions existentielles sur les urgences du monde.

Choix du site d’hivernage
Les hivernants disposeront d’une base scientifique existante, inutilisée en hiver. Ce choix est motivé par l'impact environnemental. Il sera en effet bien moindre que celui induit par l'établissement puis le démontage d'un camp d'hivernage propre à l'expédition. Durant toute la période s’étendant d’avril à novembre, la glace de mer les tiendra physiquement coupés du reste du monde. Aucune assistance ne sera possible.
La base chilienne de Carvajal se situe par 66°46'S et 58°55'W, sur l'île Adélaïde, dans la baie Marguerite.

Logistique d’hivernage

Elle sera constituée des bâtiments de la base chilienne de Carvajal située par 66°46'S et 68°55'W, sur l'île Adélaïde, dans la baie Marguerite.

Avoir des lieus de vie multiples (au moins 2) est primordial à différents titres :
sécurité par redondance : en cas d’avarie majeure (incendie, etc), chaque bâtiment est dimensionné pour héberger en survie les 8 hivernants.
confort et souplesse pour la vie du groupe : les 8 hivernants pourront selon leur gré et leurs activités élire alternativement “domicile” dans l'un ou l'autre des bâtiments. La vie en groupe accentue les conflits. Dans un endroit extrème comme l'Antarctique, il est important de pouvoir séparer les protagonistes le temps d'apaiser les esprits.
capacité de stockage : les bâtiments de la base pourront facilement recevoir de l’instrumentation scientifique, héberger un mini labo (bio) et abriter les équipements pour les raids prévus pendant l’hiver.
 

La base chilienne de Carvajal
(IPEV)

Impact environnemental
Des textes précis (Protocole de Madrid - 1992) spécifient ce que peuvent faire et ne pas faire les humains sur le continent antarctique. Tout projet d’opération dans la zone du Traite de l’Antarctique doit désormais être soumis à une étude préalable d’impact environnemental.
En fin d’hivernage, tous les équipements seront bien sûr rapatriés par le navire. La base et le site seront entièrement nettoyés pour les restituer dans l’état initial où nous les aurons trouvés.
Pendant l’hivernage, une gestion propre des déchets et de l’énergie est primordiale.


Activités pendant l’hivernage
Nous hivernerons dans le confort relatif d’une station scientifique qui n'est normalement pas utilisée en hiver.
Outre les procédures de mise en place et de clôture de l’hivernage, les tâches quotidiennes vont déjà occuper une partie importante du temps et de l’énergie des hivernants.
Divers programmes de recherche scientifique sont en cours d'élaboration par des labos : glaciologie, chimie atmosphérique et météorologie, médecine et télémédecine. Ces programmes vont imposer des procédures routinières de mesures, tests, maintenance d’équipements, etc. Chaque hivernant, selon ses compétences (médecin, ingénieur, montagnard, etc) sera responsable d’une ou plusieurs manips. Certains programmes impliqueront des opérations périodiques en extérieur : trajets a skis sur la banquise pour aller mesurer des épaisseurs de neige dans le périmètre balisé, maintenance de la station de pompage atmosphérique.
En petits groupes modulables - on ne se déplace jamais seul en régions polaires - nous effectuerons des raids à skis-pulka en autonomie qui pourront durer de quelques jours à plusieurs semaines. Les températures restent raisonnables (tableau météo de Vernaski) , comparativement aux conditions rencontrées à l’intérieur du continent.
La production d’images sur toutes ces activités sera assurée par les acteurs eux-mêmes. Les communications aux médias, la fourniture d’informations pour le site Internet et la transmission des résultats scientifiques aux labos (par voie satellite) occuperont les longues soirées au « chaud ».


Planning prévisionnel
Les hivernants seront déposés sur la base vers la fin mars, lorsque les estivants chiliens seront relevés, par le navire de la Marine chilienne. Ils seront coupés du reste du monde pendant près de 10 mois, sans secours possible, puis libérés par le dégel et le retour du bateau de la Marine qui viendra déposer le personnel de la nouvelle campagne d'été.

Remarque finale
En 2000, le voilier Northanger a hiverné par 76° Nord sur l’ile Ellesmeer dans l’Arctique Canadien dans le cadre de l’expédition historique « Otto Sverdrup Centennial ». Cet hivernage a été une totale réussite. Les propriétaires du voilier, Greg Landreth et Keri Pashuk, sont des amis de longue date et nous aident dans la préparation de notre expédition.